Les métiers du droit et de la justice se répartissent en trois grandes familles : les professions libérales réglementées (avocat, notaire, commissaire de justice), les métiers de la fonction publique (magistrat, greffier) et les postes en entreprise (juriste, assistant juridique). Le choix dépend de votre niveau d’études, de votre appétence pour le secteur privé ou public, et de votre capacité à passer un concours ou obtenir un diplôme professionnel.
À retenir :
- Plus de 20 métiers accessibles du Bac+2 au Bac+8 selon la profession
- Cabinet libéral = autonomie et clientèle à développer ; entreprise = salariat et spécialisation sectorielle ; service public = stabilité et concours obligatoire
- Les professions réglementées (avocat, notaire, commissaire de justice) exigent un examen ou concours d’accès spécifique
- La licence de droit reste le socle commun, mais des parcours courts existent (BTS, BUT)
Les professions juridiques libérales réglementées
Avocat : le généraliste du conseil et de la défense
L’avocat conseille et représente ses clients devant les tribunaux ou en négociation. Il peut se spécialiser en droit des affaires, droit social, droit pénal, droit de la famille ou rester généraliste. L’accès à la profession passe obligatoirement par le CAPA (Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat), obtenu après un master de droit et 18 mois de formation dans un IEJ (Institut d’Études Judiciaires). L’examen d’entrée au CAPA est sélectif, avec environ 30 % de réussite selon les centres.
L’avocat exerce en cabinet individuel, associé ou collaborateur salarié. Les revenus varient énormément : de 2 000 € nets mensuels en début de carrière collaborateur à plus de 10 000 € pour un associé expérimenté en droit des affaires. Le métier impose une charge administrative importante (facturation, comptabilité, gestion de la clientèle) et des horaires souvent extensibles.
Notaire : l’officier public de l’authenticité
Le notaire authentifie les actes juridiques majeurs : ventes immobilières, donations, successions, contrats de mariage. Il conseille aussi en gestion de patrimoine et droit de la famille. L’accès se fait après un master de droit notarial, puis soit par la voie professionnelle (stage de 2 ans dans un office notarial), soit par la voie universitaire (master et diplôme supérieur de notariat). Un examen de contrôle valide les compétences avant l’installation.
Le notaire exerce toujours dans un office notarial, structure réglementée dont le nombre est fixé par l’État. Les revenus débutent autour de 3 000 € nets mensuels pour un notaire salarié et atteignent 10 000 à 15 000 € pour un notaire titulaire d’office. La profession offre une grande sécurité économique grâce au monopole légal sur certains actes.
Commissaire de justice : la fusion huissier-commissaire-priseur
Depuis 2022, le commissaire de justice regroupe les missions d’huissier de justice (signification d’actes, exécution forcée, constat) et de commissaire-priseur judiciaire (ventes aux enchères). Il intervient pour faire respecter les décisions de justice : expulsions, saisies, recouvrements de créances. Le commissaire de justice constate aussi des faits (constats d’affichage, d’état des lieux, de contrefaçon).
L’accès exige un master de droit et deux ans de stage professionnel, sanctionnés par un examen d’aptitude. Comme le notaire, le commissaire de justice exerce dans un office dont le nombre est limité. Les revenus moyens se situent entre 4 000 et 8 000 € nets mensuels selon l’office et la zone géographique.
Les métiers de la justice et du service public
Magistrat : juger et requérir
Le magistrat regroupe deux fonctions distinctes : le magistrat du siège (juge) qui rend les décisions, et le magistrat du parquet (procureur) qui représente la société et requiert l’application de la loi. Les magistrats interviennent en matière civile, pénale, commerciale, sociale ou administrative selon leur affectation. L’ENM (École Nationale de la Magistrature) à Bordeaux recrute sur concours externe après un master (généralement en droit) ou sur concours interne pour les fonctionnaires justifiant d’une ancienneté.
La formation à l’ENM dure 31 mois et alterne enseignements théoriques et stages en juridiction. Le salaire de début de carrière s’établit autour de 2 800 € nets mensuels et atteint 5 500 à 7 000 € en fin de carrière selon le grade et les fonctions. Le métier impose neutralité, impartialité et disponibilité, avec des dossiers souvent lourds et une charge émotionnelle significative.
Greffier : l’auxiliaire indispensable de la justice
Le greffier assiste le magistrat dans toutes les étapes du procès : tenue de l’audience, rédaction des actes, conservation des dossiers, délivrance des copies exécutoires. Les métiers des greffes incluent aussi des fonctions administratives et de gestion au sein des tribunaux. L’accès se fait par concours de catégorie B (greffier) ou A (greffier en chef) de la fonction publique, accessible avec le bac ou une licence.
La formation initiale de 18 mois se déroule à l’École nationale des greffes de Dijon. Le salaire débute autour de 1 900 € nets mensuels pour un greffier et 2 300 € pour un greffier en chef, avec évolution jusqu’à 3 500-4 000 € en fin de carrière. Le métier exige rigueur, discrétion et maîtrise des procédures, sans pour autant imposer la pression judiciaire du magistrat.
Autres concours administratifs du secteur juridique
Les ministères, collectivités territoriales et institutions publiques recrutent des juristes sur concours de catégorie A (attaché territorial, attaché d’administration, conseiller juridique). Ces postes offrent stabilité de l’emploi, grilles indiciaires transparentes et évolution de carrière organisée. Les missions varient selon la structure : rédaction de contrats publics, conseil aux élus, contentieux administratif, passation de marchés publics.
Les revenus débutent entre 2 000 et 2 500 € nets mensuels et évoluent vers 3 500-4 500 € avec l’ancienneté et le grade. L’équilibre vie professionnelle/vie personnelle s’avère souvent meilleur que dans le secteur privé, avec des horaires plus prévisibles.
Les métiers du droit en entreprise
Juriste d’entreprise : le conseil interne
Le juriste d’entreprise conseille sa société sur tous les aspects juridiques de son activité. Selon sa spécialisation, il intervient en droit social (contrats de travail, licenciements, négociations avec les représentants du personnel), en droit des affaires (fusions-acquisitions, négociation de contrats commerciaux, propriété intellectuelle), en droit de l’environnement ou en conformité réglementaire (RGPD, normes sectorielles).
Un master de droit (souvent complété par un master 2 spécialisé) constitue le minimum requis. Les stages pendant le cursus universitaire facilitent grandement l’insertion professionnelle. Le salaire de début de carrière oscille entre 2 500 et 3 500 € nets mensuels selon la taille de l’entreprise et le secteur. Un juriste senior dans un grand groupe peut atteindre 5 000 à 8 000 € nets mensuels.
Le juriste d’entreprise bénéficie d’un statut salarié avec tous les avantages associés : congés payés, protection sociale, perspectives d’évolution vers des fonctions de directeur juridique. L’environnement corporate impose cependant une disponibilité importante et une adaptabilité aux enjeux business.
Assistant juridique et secrétaire juridique
L’assistant juridique seconde les avocats, notaires ou juristes dans leurs tâches quotidiennes : préparation de dossiers, rédaction d’actes types, suivi administratif, gestion de l’agenda, relation avec les clients et les juridictions. Le secrétaire juridique se concentre davantage sur les aspects administratifs et organisationnels.
Ces métiers s’exercent avec un BTS collaborateur juriste notarial, un BUT carrières juridiques parcours juridique ou administration publique, ou une licence professionnelle métiers du notariat. L’accès est également possible avec un bac et une solide formation en bureautique juridique. Les salaires débutent autour de 1 700 à 2 000 € nets mensuels et évoluent vers 2 500-3 000 € avec l’expérience.
Ces professions offrent un excellent équilibre entre proximité du droit et charge de responsabilité modérée. Elles constituent aussi un tremplin vers des formations complémentaires et une évolution vers des fonctions de juriste ou de clerc.
Tableau récapitulatif des principaux métiers du droit
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| Métier | Où exercer | Études typiques | Accès |
|---|---|---|---|
| Avocat | Cabinet libéral | Master droit + IEJ | CAPA (examen) |
| Notaire | Office notarial | Master droit notarial | Examen après stage |
| Commissaire justice | Office réglementé | Master droit | Examen après stage |
| Magistrat | Tribunaux | Master (tout domaine) | Concours ENM |
| Greffier | Tribunaux | Bac à Licence | Concours fonction publique |
| Juriste entreprise | Entreprises privées | Master de droit | Recrutement direct |
| Assistant juridique | Cabinets, offices | BTS, BUT carrières juridiques | Recrutement direct |
Les critères de choix entre les différentes voies
Secteur privé libéral : pour les entrepreneurs du droit
Choisir l’exercice libéral (avocat, notaire, commissaire de justice) convient aux profils autonomes qui acceptent l’insécurité des débuts et la nécessité de développer une clientèle. L’investissement financier initial peut être conséquent (rachat de parts d’un cabinet ou d’un office), mais les perspectives de revenus sont élevées. La charge de travail administrative (comptabilité, facturation, gestion du personnel) s’ajoute à l’activité juridique pure.
Ce choix implique une grande disponibilité, des horaires étendus et une pression permanente liée à la satisfaction client. En contrepartie, vous maîtrisez totalement votre activité, choisissez vos dossiers (dans une certaine mesure) et construisez votre réputation professionnelle.
Entreprise : pour les spécialistes salariés
Le juriste d’entreprise convient aux profils qui recherchent la sécurité du salariat, un équilibre vie professionnelle/vie personnelle plus prévisible et une spécialisation sectorielle pointue. Vous devenez expert du domaine d’activité de votre employeur (banque, industrie, tech, luxe) tout en développant une expertise juridique précise.
Les perspectives d’évolution existent vers des fonctions de management (responsable juridique, directeur juridique, compliance officer) avec des packages de rémunération attractifs dans les grandes structures. L’inconvénient réside dans la dépendance à l’employeur et une moindre diversité des dossiers traités.
Service public : pour la stabilité et l’intérêt général
Les métiers de magistrat, greffier ou juriste territorial séduisent les candidats attachés aux valeurs de service public, à la sécurité de l’emploi et à des horaires encadrés. Le concours constitue un obstacle sérieux qui nécessite une préparation rigoureuse, souvent sur plusieurs mois voire années.
Les rémunérations restent inférieures au privé en début et milieu de carrière, mais la progression est garantie et transparente. La charge émotionnelle peut être lourde (magistrats confrontés à des affaires pénales difficiles), mais la dimension sociétale du métier apporte un sens fort à l’activité quotidienne.
Les formations courtes dans les professions juridiques
BTS collaborateur juriste notarial
Ce diplôme en deux ans après le bac forme spécifiquement aux métiers d’assistant notarial. Le programme couvre le droit immobilier, le droit de la famille, les techniques notariales et la bureautique juridique. L’insertion professionnelle est excellente, les offices notariaux recrutant régulièrement ce profil. La formation permet ensuite de poursuivre en licence professionnelle ou de préparer le diplôme de notaire par la voie professionnelle.
BUT carrières juridiques
Ce diplôme universitaire en trois ans propose trois parcours : assistance juridique, métiers du notariat, patrimoine et finance. Plus généraliste que le BTS notarial, il ouvre vers les cabinets d’avocats, les services juridiques d’entreprise et les administrations. L’alternance est fréquemment proposée, facilitant l’acquisition d’expérience professionnelle parallèlement au diplôme.
Ces formations courtes constituent une excellente option pour entrer rapidement sur le marché du travail tout en gardant des possibilités d’évolution par la formation continue ou la reprise d’études.
Quel métier du droit choisir selon votre profil ?
Vous aimez le contact client et l’autonomie ? Orientez-vous vers avocat ou commissaire de justice. Vous recherchez la sécurité et des revenus stables ? Le notariat ou la fonction publique (magistrat, greffier) correspondent à vos attentes. Vous préférez le salariat en entreprise avec une spécialisation sectorielle ? Visez juriste d’entreprise après un master de droit ciblé.
Les formations courtes (BTS, BUT carrières juridiques) offrent une insertion rapide sur des postes d’assistant, avec possibilité d’évolution progressive. Les concours administratifs conviennent aux esprits rigoureux prêts à une préparation intensive. Les professions libérales réglementées exigent un investissement long (études puis examens professionnels) mais ouvrent sur des carrières indépendantes et bien rémunérées.
Tous les métiers du droit et de la justice partagent l’exigence de rigueur, de discrétion et de mise à jour constante des connaissances. La réforme permanente du droit impose une veille juridique soutenue quelle que soit la profession choisie. L’essentiel reste d’identifier ce qui vous motive vraiment : le contentieux, le conseil, l’immobilier, le droit social, le droit des affaires, ou la dimension judiciaire pure. Votre spécialisation future découlera naturellement de cette première réflexion.


